Emmanuel Bosso : reconstruire sa vie après l’Afghanistan
Emmanuel Bosso a 38 ans et vit en région parisienne.
Il s’est engagé dans l’armée à l’âge de 18 ans, le 1er avril 2008, au 13ᵉ Régiment du Génie, dans le Doubs, en tant que sapeur de combat. Il était spécialisé dans le déminage, la dépollution et la neutralisation d’engins explosifs.
Sa première mission a eu lieu en Guyane en 2009, dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage illégal. Cette expérience s’est déroulée sans difficulté particulière. Ensuite, pendant deux ans, il s’est préparé avec son unité à un déploiement en Afghanistan, au sein d’un détachement chargé de détecter puis de neutraliser les engins explosifs improvisés (IED).
C’est au cours de cette mission que son destin a basculé.
La mission de son détachement consistait à ouvrir les itinéraires avant le passage des autres unités, à rechercher les mines, les embuscades et les pièges explosifs. Dès les premières sorties, l’équipe est confrontée à la violence du terrain. Lors d’une intervention sur un pont où un véhicule avait déjà été touché, le groupe essuie une attaque à la roquette. Une explosion à proximité le projette au sol.
Les jours suivants sont marqués par plusieurs événements traumatisants. Son véhicule est frappé par un IED. Peu après, l’un de ses camarades marche sur un engin explosif. Chargé de sécuriser la zone, Emmanuel doit vérifier l’absence de pièges secondaires avant que le corps ne puisse être récupéré. Les images de cette journée resteront profondément ancrées dans sa mémoire.
Malgré ces événements, il refuse d’être rapatrié. Son binôme est toujours engagé sur le terrain et il ne se résout pas à l’abandonner.
Quelques jours plus tard, alors qu’il inspecte une buse suspecte, il détecte un IED. Au moment où il signale sa présence, l’engin explose. Pendant quelques instants, il est persuadé d’être mort. Il décrira plus tard une sensation de détachement, comme s’il observait la scène depuis l’extérieur de son corps. Une pierre venant heurter sa cheville le ramène brutalement à la réalité.
Gravement blessé à la jambe, il parvient à rejoindre ses camarades. Ceux-ci le croyaient disparu. Malgré ses blessures, il continue de participer au combat jusqu’à son évacuation par hélicoptère.

Il est ensuite transféré dans un hôpital militaire américain à Kaboul. C’est là qu’il commence à mesurer l’ampleur des traumatismes vécus sur le théâtre d’opérations. Il y découvre également d’autres blessures de guerre, militaires comme civiles, dont certaines images le marqueront durablement.
À cette époque, il ne connaît pas encore le syndrome de stress post-traumatique. Il sait seulement qu’il n’est plus le même.
De retour au régiment, il perd progressivement toute motivation. Lui qui aimait profondément son métier ne retrouve plus le sens qui l’animait jusque-là. Sa blessure physique lui rappelle constamment les événements vécus en Afghanistan. Chaque douleur ravive les souvenirs.
Peu à peu, il s’isole. L’alcool prend une place importante dans son quotidien. À l’époque, les blessures psychiques sont encore mal comprises et peu reconnues. Malgré cela, il tente de continuer à avancer.
Le véritable effondrement survient quelques années plus tard, au moment où il doit renouveler son contrat militaire. Alors qu’il s’apprête à signer, les émotions longtemps enfouies ressurgissent brutalement. Incapable de poursuivre, il quitte la salle et comprend qu’il ne pourra pas continuer sa carrière.
Peu après, il est hospitalisé en psychiatrie. C’est à cette occasion qu’un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique est clairement posé.
Les années suivantes sont particulièrement difficiles. Confronté à ses blessures invisibles, il sombre progressivement dans les addictions. L’alcool, puis différentes drogues, deviennent des moyens d’échapper aux souvenirs, aux angoisses et aux cauchemars.
Il connaît plusieurs hospitalisations et plusieurs sevrages. Pendant longtemps, il refuse d’accepter pleinement sa situation. Comme beaucoup de militaires souffrant de blessures psychiques, reconnaître sa fragilité représente une épreuve supplémentaire.

Cette descente affecte également profondément son entourage. Ses parents, son frère et ses proches assistent, impuissants, à sa souffrance. Certains amis s’éloignent. Lui-même reconnaît qu’il n’était plus la personne qu’ils avaient connue. Plus nerveux, plus impulsif, constamment en alerte, il vivait dans un état de tension permanente.
Pourtant, sa famille ne l’abandonne jamais.

Le véritable tournant intervient en 2023. À la fin de son congé de longue durée, il décide de construire un projet de vie au Sénégal autour de la création d’une ferme. Pour la première fois depuis longtemps, il se fixe un objectif concret et retrouve une perspective d’avenir.
Ce projet devient un moteur de reconstruction.
Un jour, son père lui confie simplement :
« Je suis content, parce que j’ai retrouvé mon Manu. »
Cette phrase résonne comme une victoire. Elle lui confirme que le travail entrepris avec les soignants, mais aussi celui accompli sur lui-même, commence à porter ses fruits.
C’est également à cette période qu’il découvre la Fondation Résilience grâce à Geoffrey, rencontré à la Maison Athos Cœur de Savoie. D’abord invité à découvrir les actions de la Fondation, il y trouve progressivement une nouvelle famille, un nouveau cadre et, surtout, un moyen de mettre son expérience au service des autres.
Aujourd’hui, Emmanuel considère que certaines blessures ne disparaissent jamais complètement. En revanche, il est convaincu qu’il est possible d’apprendre à vivre avec elles, de se reconstruire et de redonner un sens à son existence.
À travers son engagement et son parcours, il incarne désormais un message d’espoir : même après les épreuves les plus difficiles, il est possible de se relever et de continuer à avancer.






